DEPART : Le 31 octobre 2001 / RETOUR : Le 24 novembre 2001
Le 31/10/01 :
L'avion est parti de Paris à 9h30 et suite à un problème technique, nous avons effectué un atterrissage d'urgence à Casablanca, où nous faisons une escale non prévue. En fait, nous avons subi un vent de 130 km/h de face durant tout le trajet, et il semblerait que nous n'ayons plus assez de carburant...
Les camions citernes de la Royal Air Maroc nous ravitaille et cela dure une heure, sous la garde des militaires marocains qui entourent l'appareil armés de mitraillettes, pour bien s'assurer que personne ne descend de l'avion.
Nous sommes enfin repartis, mais nous ne volions pas depuis 15 minutes, qu'une panne d'électricité nous prive de lumières et d'air conditionné !
Arrivé à Saint-Louis, ancienne capitale des colonies, j'ai trouvé un hôtel assez facilement (« La Louisiane », situé au bord du fleuve Sénégal, à la pointe nord).
J'ai fait une petite balade, la ville paraît assez triste et très délabrée... les demeures coloniales qui bordent les rues sont en état de délabrement avancé, mais les gens sont accueillants.
Le 1/11/01 :
Je prends un taxi-brousse pour Podor, nous sommes 5, mais le taxi ne partiras que lorsque nous serons 7, alors j'attends. J'espère que le trajet ne sera pas trop long, j'avais oublié qu'aujourd'hui, c'est férié, alors tout est fermé, même les bureaux de change et je n'ai presque pas d'argent.
Je suis arrivé à Podor, j'ai fait un tour dans la petite ville, il n'y a qu'un seul hôtel, et je suis le seul blanc. Le soir, j'ai dîné dans une petite dibiterie (sorte de cabane où l'on grille des moutons), c'est si petit qu'il n'y a qu'une seule table... de toute façon, je suis le seul client !
Ici, tout le monde parle le Pulaar, il y a une majorité de Peuls, et les Wolof sont assez rares, une grand partie de la population est animiste.
Le 2/11/01 :
Je me trouve à l'embranchement de la route de St-Louis / Matam à Ndiayène-Pendao, ça me paraît un peu compliqué et surtout très long. J'attends qu'un taxi-brousse s'arrête et que quelqu'un descende pour que je prenne sa place. Peut-être qu'un camion va s'arrêter, et se sera plus rapide. Si je ne trouve rien, je serais contraint de retourner passer la nuit à Podor.
Un taxi-brousse s'est enfin arrêté, il me faut maintenant me débattre avec le chauffeur, le « chef »de la place, et ses deux commis.
En fait, je ne devrais avoir à faire qu'au chauffeur, mais j'ai comme l'impression que tout le monde voudrait avoir sa commission !
Après trois quarts d'heure de palabres, je parviens d'accord sur un pris de 5000 fr.CFA, jusqu'à Ourossogui.
Partout, sur la route, ce n'est que misère et désolation ! Beaucoup de petits villages constitués de quelques cases, une vingtaine au plus. En fait, je traverse le territoire des Peuls, ce sont pour la plupart des villageois qui vivent de l'élevage de Zébu et de la culture du mil. On rencontre énormément de troupeaux de zébus qui traverse la route, bien évidemment on s 'arrête chaque fois, et cela est souvent prétexte à des discussions interminable entre le chauffeur et le vacher...
La route est très mauvaise, des trous partout, a tel point que nous sommes obligés de la quitter pour rouler sur une piste sur le coté.
Le paysage est constitué de savane, de grandes étendues d'herbe rase avec quelques arbres par-ci, par-là. Au bord de la route, il n'est pas rare de voir des épaves de taxi calcinées, et tout cela donne un paysage de chaos, un peu comme dans Mad-Max.
Enfin, nous arrivons à Ourossogui. C'est plutôt un gros village et au bord de la route, il y a le seul hôtel qui, avec ses trois étages paraît complètement démesuré par rapport au reste. Ourossogui ne me dit rien et comme il n'est que 15 heures, je préfère reprendre la route pour Bakel.
Celle-ci est encore plus délabrée, après 130 kms, quelques barrages de l'armée, et la pause pour la prière, j'arrive à Bakel.
Je suis bien content, car le soir commence à tomber et toute la ville est plongée dans l'obscurité à cause d'une coupure d'électricité (très courant, au Sénégal)
Bakel est une toute petite ville. Tout ici est très sale, le sol est constitué de terre battue et il y a de nombreuses flaques de boue un peu partout, difficile de les éviter...
Je suis à l'hôtel Islam, j'ai pris une chambre ventilée à 3000 fr.CFA, l'accueil est chaleureux.
Un autre blanc arrive, il est en vélo. Nous sommes les deux seuls blancs et nous sommes suivis par une foule d'enfants qui nous regardent avec curiosité. Il s'appelle Jean-Paul Fabri, et a fait le pari un peu fou de faire le tour de Sénégal en vélo. Il fait le même trajet que moi, mais dans l'autre sens. Nous mangeons ensemble des pâtes et du b½uf que la patronne a préparé pour nous. Très gras et mal cuit...Mais bon, ici, il n'y a rien d'autre.
Le 3/11/01 :
La nuit s'est bien passé, malgré la chaleur et les moustiques. Il n'y a pas de fenêtre, ni de volet, et j'ai du acheter des spirales contre les insectes. Je suis réveillé dés 5 h du matin par la prière qui dure jusque 7h30 ! Je compte passer la journée ici, et repartir pour Tambacounda dés demain.
J'ai fait un peu de lessive, et il faut aussi que je me lave un peu. Je suis un peu ennuyé car je me suis encore fait piéger par le change : ici, il n'y a pas de banques, et la poste est fermée aujourd'hui et demain, il faut donc que je tienne jusqu'après demain avec seulement 200 fr. F(tout en payant l'hôtel, mes repas et le transport jusqu'à Tambacounda.
17h :
Tout va bien pour l'argent, un commerçant m'a fait le change moyennant une commission de 2%.
J'ai passé l'après midi à me promener dans les rues de Bakel, j'ai été jusqu'au fleuve, et je me suis fait arrêter par la police des frontières, qui m'a pris pour un militaire de la base américaine qui se trouve de l'autre coté du fleuve, en Mauritanie.
Comme je n'ai pas mon passeport sur moi, nous discutons un peu, et tout s'arrange.
Il me prend en photo
Le 4/11/01 :
Je me trouve au garage des taxi-brousse et j'attends que nous soyons assez nombreux pour partir. Pour l'instant, nous ne sommes que deux ( il est 7h30, et c'est pas gagné ! ).
Je suis arrivé à Tambacounda, par la route qui est parfaite, le paysage a changé, tout est plus verdoyant. Tout au long du chemin, il y a de nombreux petits villages de quelques dizaines de cases seulement, et souvent une mission catholique à proximité ( je me demande vraiment pourquoi, les catholiques ne représentent que 5% de la population...)
J'ai vu quelques singes et aussi beaucoup de feux de brousse.
J'ai trouvé une case dans un campement. Il y a un ventilateur au plafond, et c'est très agréable et très spacieux. Quel plaisir de boire enfin une bière bien fraîche !
J'ai acheté quelques bananes, depuis que je suis parti et mis à part les fantastiques calamars de Saint-Louis, je me nourris exclusivement de riz et de bananes. Il faut dire qu'il n'y a rien d'autre...
Le 6/11/01 :
J'ai passé la journée d'hier à me balader dans Tambacounda, en fait, il fait tellement chaud qu'il est impossible d'avoir une activité entre 11h et 17h, je passe donc le plus clair de mon temps à faire la sieste.
Ce midi, j'ai mangé du thiebeden, le plat traditionnel, du riz blanc, agrémenté d'une sauce aux légumes très pimentée, c'est délicieux et pas cher ! (1000 fr.CFA)
J'ai été me renseigner pour prendre le train qui vient de Bamako, mais tout ça est très compliqué, tout est approximatif, et il semblerait que le train ne passe pas à Kaolack (c'est pourtant la ligne ?), sans parler des horaires de départ qui sont totalement inexistant. Comme je ne tiens pas à arriver à Kaolack en pleine nuit, je préfère abandonner ce projet
Par contre, j'ai bien envie de me diriger vers Kedougou (à 250 kms au sud-Est).
Le 7/11/01 :
Après un voyage laborieux, je suis arrivé à Kedougou. Il a, bien sur, fallu attendre que nous soyons 7, et au bout de 2 heures, alors que nous étions enfin prêts à partir, deux passagères ont voulu récupérer un panier de bananes qu'elles avaient fait mettre au frais au marché (qui se trouve à 3 kms), Nous avons encore attendu une bonne heure avant qu'elles ne reviennent car elles avaient fait d'autres achats en cours de route... Je ne m'étendrais pas sur cette anecdote, car la moutarde me monte au nez !...J'étais placé derrière un gardien de prison qui n'arrêtait pas de cracher toutes les cinq minutes, coincé entre une portière qui ne fermait pas d'un coté et une énorme « mamas » qui n'arrêtait pas de crier à mes oreilles.
Les 235 kms qui séparent Tambacounda de Kedougou sont assez monotones, car la route est droite, mais en bon état. J'ai traversé le parc du Niokolo-Koba et vu quelques singes et des phacochères.
Partout, à perte de vue, un paysage de brousse nous entoure.
La ville de Kedougou par elle-même n'a rien d'intéressant, et comme partout tout est très pollué par les détritus et ordures en tous genres qui jonchent le sol.
J'ai trouvé un campement très agréable, je dispose d'une case avec tout le confort dans un parc où il y a deux gazelles en liberté. Elles se laissent caresser.
Surmontant ma fatigue, j'ai pris un taxi et loué les services d'un guide pour visiter le pays Bassari et plus particulièrement un village Bédick à coté de Bandafassi.
Mon guide s'appelle Bouba N'diaye, il fait partie de la tribu des Toucouleur et peut dialoguer avec les Bédicks, qui eux ont leur propre dialecte, mais comprennent un peu le Peul).
Il faut faire une quinzaine de kilomètres de piste pour accéder à un endroit où l'on continue à pied dans la brousse, se frayant un chemin à coups de machette. Au bout d'un petit quart d'heure, nous arrivons au pied de la montagne, où, il faut gravir un chemin constitué de grosses pierres. Au bout d'une demi-heure de sport ( ! ),
la vue est très belle et l'effort est vite oublié. Le village Bédick comporte une vingtaine de huttes. Les Bédicks y vivent pratiquement comme à l'age de pierre depuis plus de 5 siècles. Ils étaient animistes, et ont refusé d'être islamisés. Ils se sont donc caché dans ce coin très reculé, vivent en autarcie totale, et refusent même de descendre de leur village encore de nos jours. Je raconte ici leur histoire :
L'origine exacte des Bédicks d'Iwol est Mandingue avec la venue du Mali des familles Keita et Camara.
Pendant la guerre tribale dirigée par Alpha Yaya venu des massifs du Fouta Djalon, les Bédicks se sont dispersés ou ont été tués. Les rescapés se sont caché dans les cavernes d'où ils ne pouvaient sortir que la nuit pour puiser l'eau et piler les céréales en les frottant avec des pierres, de peur d'attirer les ennemis avec le bruit des pilons.
Vu la gravité de la guerre, les hommes offrirent au génie du village les jeunes les plus valables pour qu'il leur insuffle le pouvoir de mettre fin à la guerre. Grâce à cette intervention, les Bédicks furent sauvés.
Pourtant, un jour, Alpha Yaya revint dans le but de les soumettre, mais malheureusement pour lui, il se rendit compte que les Bédicks étaient protéger par le pouvoir du génie. C'était une grande chance pour les habitants du village, mais ce n'était pas la seul, car des essaims d'abeilles combattaient aussi en leur faveur. Si une abeille piquait un soldat d'Alpha Yaya, celui-ci mourrait sur-le-champ. Ainsi les Bédicks connurent la paix.
Alpha Yaya fut le seul à retourner dans son village natal en Guinée, malgré les piqûres d'abeille, il mourut quelque temps plus tard.
Une femme Bédick avait deux jumeaux, elle ne pouvait pas sortir du village. Alpha Yaya lui tranchât le corps en deux et le génie transforma son corps coupé et celui de ses deux enfants en pierre. On peut encore voir ces pierres sur la route de Magnan Kandu.
Dans le village, il y a 4 familles, les Keita, les Camara, les Samoura et les Sadiakou. Les keita sont chefs du village, les Camara et les Samoura organisent les fêtes qui datent les mois et les jours. Les Sadiakou sont chargés du rappelle des coutumes. Il y a au total 496 Bédicks répartis dans 7 villages, ils ne vivent que de la cueillette de mil et d'arachide qui pousse sauvagement.
J'ai pu faire quelques photos, car j'avais pris la peine d'acheter au marché un kilo de noix de cola pour leur offrir en présent, c'est la coutume... (j'y ai goûté, c'est immangeable !)
Il y a un magnifique Baobab qui ombrage le village et l'on devine aux tam-tams et au feu de camp que les soirées doivent être festives.
A la descente du village, il y a une case d'accueil où l'on m'a gentiment offert un plat de mouton grillé qui m'a redonne des forces jusqu'au soir.
Le 8/11/01 :
Je comptais repartir aujourd'hui, mais comme j'ai pris beaucoup d'avance sur mon trajet, je préfère me reposer une journée, ce qui me permettra de me décrasser et de faire un peu de lessive, ici, on se salit très vite !
Je termine la journée avec un Yassa : du riz blanc (encore !) avec beaucoup d'oignons et une sauce à la moutarde. Très bon.
Le 9/11/01 :
7h : Début de l'attente pour le taxi-brousse de Tambacounda...
... / ... / ... / ...
11h : Nous ne sommes toujours pas partis ! Attendre sous le soleil est très éprouvant. Je crois devenir fou !...et je me décide à payer les deux places qui restent... pour que nous puissions enfin partir...
Nous allions bientôt partir, quand un autre passager est arrivé, j'arrive à lui revendre un billet en double.
11h30 : nous partons enfin !
Le 10/11/01 :
Journée repos, décrassage et lessive...
Le 11/11/01 :
Après un voyage très désagréable (encore !), me voici arrivé à Kaolack. La route de Tamba à Kaolack est certainement la pire de tout le Sénégal ! Des nids de poules tous les deux mètres ! Ce qui nous oblige à rouler la plupart du temps en dehors de la route. Nous avons mis 4 heures 30 pour faire les 275 Kms qui séparent les deux villes.
Kaolack est une grande ville très encombrée. Le gros problème est trouver un hôtel. Il n'y a pas grand chose... Je me suis présenté à plusieurs endroits, mais même un clochard n'en aurait pas voulu ! en plus il s'agit de dortoir où tout le monde dors les uns sur les autres...
J'ai dû me rendre, à contre c½ur à l'Hôtel de Paris, c'est un hôtel plutôt chic, avec télévision et piscine, tenu par des français. Mais là encore, problème : Les chambres sont à 25000 fr.CFA (250 francs français) ce qui est beaucoup trop cher pour mon budget.... Où vais-je dormir ce soir... je commence à m'inquiéter ! J'en étais à ces réflexions, quand le portier de l'hôtel de Paris, qui m'avait rattrapé, m'indique que la mission catholique se trouve à 50 mètres. Je décide donc d'aller tenter ma chance. Ils ont une chambre tout à fait correcte pour 5000 fr.CFA ! (Merci petit Jésus !)
Je décide de me mettre à la recherche de l'épicerie Khewal, qui appartient à mon copain David Diop, (qui travaille sur les mêmes marchés que moi, en France). Au bout de deux heures, et accompagné d'un Sénégalais qui a bien voulu m'aider, nous arrivons à trouver la petite échoppe.
L'homme au comptoir me dit que David se trouve actuellement à Kaolack, et je décide d'aller à l'adresse qu'il me donne.
Comme c'est un peu loin, et que je ne comprends pas grand chose, je prends un taxi, toujours accompagné de mon « guide ».
Le taxi s'arrête dans un quartier plutôt résidentiel, mais lorsqu'il redémarre, mon guide se rend compte qu'il ne nous a pas descendu à la bonne adresse. C'est donc reparti pour le jeu de piste, il nous faut encore marcher à tâtons pendant plus d'une heure, et enfin nous trouvons la maison de David.
Il s'agit d'une maison relativement cossue pour le confort relatif du pays. Il ne s'attendait pas à me voir et est très heureux que je sois venu. Il me présente sa troisième femme qui nous apporte à manger. C'est bienvenu, car à part une banane et quelques cacahuètes, je n'ai pas mangé depuis 1 jour.
Nous avons passé le reste de la soirée à faire les présentations avec les voisins et sa famille, puis à discuter de mon voyage. Il me reconduit à la mission, et viendra me chercher demain pour me rendre à son village qui se trouve à 50 kms de Kaolack.
Je remarque que David est très influent ici, il est chiquement vêtu d'une très belle djellaba blanche avec des broderies dorées, sa troisième femme est plutôt jeune et jolie et se tient souvent à genou à coté de lui. Il possède encore deux autres maisons à Kaolack, avec dans chacune de ses demeures, des domestiques, ainsi que deux taxis qui sillonnent les rues pour son compte...
Il a également un garage où il vend des pièces détachées qu'il ramène de France par containers.
Bref, il fait un peu parti de la « jet set » de Kaolack.
Le 12/11/01 :
David est venu me chercher à la mission vers 11h et nous avons passé la journée dans son village, Tieneba, juste à coté de Gossas. Le village est constitué d'une quarantaine de cases et d'un immense corps de ferme composé lui-même de plusieurs bâtiments « en dur ». Le tout lui appartient, y compris le village en entier, puisque construit sur un terrain dont il a acheté la concession.
Il possède aussi la seule boutique, genre de quincaillerie-épicerie.
Décidément, David m'étonne beaucoup, il possède encore un troupeau d'une centaine de zébus, ainsi que quelques chèvres, plusieurs chevaux et ânes...
Avant d'arriver au village, il faut faire environ 3 kms de brousse. En quittant la route pour prendre la piste, on traverse un immense terrain divisé en huit parcelles. Cet endroit lui appartient aussi, il a quelques cases et David y fait construire à grands frais une mosquée visible de la route. Tout proche, il fait construire un puits et une citerne d'eau. Tout autour, des plantations de mil et de cacahuètes, à lui aussi !
Arrivé chez lui, il me présente à toute sa famille et amis...Longues présentations avec des « salamalecks » qui n'en finissent plus...Il me fait visiter sa maison, qui est la seule à tenir debout à plusieurs kilomètres à la ronde !
A l'intérieure de sa propriété, il possède également une école coranique qu'il me fait visiter. Des dizaines d'enfants y récitent tout haut et sans arrêt des versets du coran. Tout cela est impressionnant et me laisse perplexe sur la liberté de penser de ces enfants et surtout sur celle qu'ils auront plus tard en ayant été fanatisés de la sorte. Des photos et dessins représentant la Mecque, la grande mosquée de Touba, et les différents marabouts, des dizaines de calligraphies encensant le pouvoir d'Allah ornent les murs...
Je m'efforcerais ici, de ne pas apporter de jugement de valeur, chacun sa culture !...Cependant je pense que tant qu'un Etat n'a pas fait la scission entre la religion et la politique, il ne peut pas se développer, ou alors à un rythme beaucoup plus lent, ce qui le met irrémédiablement au banc des autres nations.
Nous avons mangé ensemble, tous dans le même plat et avec les mains comme c'est la coutume au Sénégal. J'ai quand même eu droit à une cuillère, et David en a pris une aussi ( pour éviter que je fasse un complexe, je suppose...).
Partout, David est très respecté, tout le monde lui fait la révérence et il a toujours quelques « courtisans » avec lui. De temps en temps, il distribue des billets de 1000 fr. CFA à qui en veut...On ne peut pas se rendre compte de tout cela lorsqu'on le voit en France, où pour nous, il n'est qu'un simple « doudou ». Avec tout ce que j'ai vu aujourd'hui, je peux affirmer sans me tromper qu'il fait vivre directement ou indirectement au moins 250 personnes !...
Nous avons échangé quelques idées avec les gens du village venus pour me voir. Les plus petits enfants n'avaient jamais un blanc, et il fallu plusieurs explications avant que la frayeur et les pleurs cessent.
Le soir est vite tombé, Je dors dans « la case-foyer » de Gossas, une sorte de salle des fêtes. Ce n'est vraiment pas formidable et je regrette mon lit à la mission catholique. Je n'ai pas le choix... dire que je vais devoir passer deux nuits dans ce taudis !
Le 13/11/01 à 10h :
Je rechigne à me laver, car le lavabo et tout ce qui l'entoure est d'une saleté repoussante ! Je ne peux pas aller aux toilettes non plus... Courageux, mais pas téméraire ! ( j'ai mes limites...)
La journée s'est passé à Tieneba en compagnie de David et son frère Martin. Leurs femmes sont là aussi, mais elles restent dans leur coin et ne se mêlent pas aux hommes (sauf pour apporter des matelas et du thé).
Les enfants sont très sales et ne parlent pas. La dernière fille de David (Omo) est très mignonne et elle est toujours à mes cotés. Il faut dire que je lui ai donné quelques petites peluches... confisquées aussitôt par les mères ( ?)
Changement de programme, Martin doit aller à Kaolack, j'en profite pour regagner la mission (Dieu merci ! Amdoulilahli ! Comme on dit ici).
Le 14/11/01 :
Aujourd'hui, nous sommes allés avec David à une cérémonie de funérailles du père d'un de ses copains. Cela fait déjà une semaine qu'il est enterré, mais les festivités se prolonge pendant 2 semaines. Je dis les festivités, car ici, l'enterrement donne lieu à de grandes fêtes en l'honneur du défunt. Il y a plus de 300 personnes venues de tout le Sénégal, quelquefois en bus tout spécialement affrétés à cette occasion.
L'après midi nous avons rendu visite à Thomas (un autre copain qui fait le marché du Touquet).
Nous avons eu un accident de voiture, rien de grave, de la tôle froissée pour David et un phare cassé pour le taxi qui nous est rentré dedans. David n'était pas content car le chauffeur de taxi ne voulait pas lui demander pardon... Il a fallu attendre l'arrivée du « Président des taxis » pour que nous puissions trouver un arrangement à l'amiable. Un attroupement considérable s'était formé autour de nous et les palabres ont durés prés d'une heure.
Le 15/11/01 :
J'ai mangé chez Thomas et j'ai passé une partie de l'après midi chez lui. Nous parlons de David et il me dit qu'il possède encore deux camions de 12 tonnes qui parcourent le Sénégal.
J'ai reçu en poste restante une lettre de Catherine et ça m'à fait plaisir.
Le 16/11/01 :
Aujourd'hui il fait très chaud. Le moindre mouvement relève d'un effort surhumain.
Journée de repos.
Le 17/11/01 :
J'ai quitté Kaolack pour Thiès, Je n'ai pas eu de problème pour trouver un hôtel.
Thiès est une belle ville avec de larges avenues bordées d'arbres. L'ambiance est très reposante, bien que ce soit la deuxième ville du pays en importance.
Le 18/11/01 :
J'ai fait quelques achats, un masque rituel, un djembé pour Quentin et j'ai aussi acheté quelques dattes pour faire goûter à Catherine.
Le 19/11/01 :
Après un plat de riz au poisson, je suis allé me promener dans Thiès, j'ai réussi à échangé mon vieux jean contre deux petits masques et un porte-clefs en os.
Le 21/11/01 :
Je suis à Dakar ! Je n'ai pas pris d'hôtel car ils sont tous très chers. J'ai loué une chambre chez un portugais qui possède une grande maison. C'est assez bien tenu et surtout c'est en plein centre.
Dakar ressemble beaucoup à Paris, la chaleur en plus. Cette ville est complètement insécurisée, on peut se faire agresser en plein jour pour seulement cinq francs ! Partout, des rabatteurs et des « banabana » (petits marchands ambulants) m'accostent. Cela fini tout de même par devenir franchement désagréable. Dés qu'on réussi à s'en débarrasser, un autre arrive aussitôt.
Je ne m'attarde pas le soir, et dîne d'un succulent chawarma, sandwich libanais, du kebab avec des frites, des tomates, des oignons, une sauce blanche, le tout servi dans une crêpe.
Le 23/11/01 :
Ce matin, j'ai visité l'île de Gorée. De magnifiques paysages en quittant Dakar par le bateau.
Gorée a un petit coté méditerranéen, tout est calme et reposant (quel contraste avec Dakar !)
On peut flâner dans les ruelles sans être importuné et c'est vraiment agréable.
De belles maisons coloniales bordent la côte. J'ai visité la maison des esclaves, il s'agit de l'endroit où transitaient les esclaves venus de toute l'Afrique et partant pour les Amériques, les Antilles, le Brésil ou Cuba. Visite très intéressante, malgré la lourde insistance du conservateur a suscité quelques culpabilités de la part des européens, pour qu'ils déboursent encore un peu plus à la boutique du musée... Il finit son discours en reconnaissant honnêtement tout de même que c'est grâce aux Français et notre déclaration des droits de l'homme que l'esclavage a été aboli à la révolution, mais ré-autorisée sous le règne du sinistre Napoléon...
Je quitte Gorée avec beaucoup de regret car j'aurai aimé y passer une journée entière, mais mon avion décolle à 17h30.
16h :
Je suis maintenant à la fin du voyage, en conclusion le Sénégal est un beau pays, dommage que ses habitants y soient si pénibles ! De plus tout le territoire est une véritable décharge, des ordures et détritus partout, aussi bien en pleine ville qu'en campagne !... Les Sénégalais avec qui j'ai discuté m'ont tous dit que leur pays était en voie de développement... C'est du moins ce que les politiques leur font croire !... Pour ma part, je pense qu'il serait plutôt en voie de régression !... Dommage, car pour un pays qui tire la majeure partie de ses revenus du tourisme, les autorités pourraient faire un petit effort... Enfin...cela peut difficilement être pire... alors espérons !
Frantz, le Séné-gaulois.
Kilométrage parcouru : Environ 1900 kms